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Plongez dans ce numéro et découvrez des idées qui font réfléchir, inspirent et agissent pour l’égalité !
Claudine LIENARD
« Marthe sort avec sa mère du Salon de peinture, très grave. Depuis quelque temps, elle se pose une question indiscrète et tâche en vain d’y répondre. Cette promenade au milieu de tableaux ajoute encore à son trouble. Elle a vu les plus belles femmes qui soient, sans voile, et si nettement dessinées qu’elle aurait pu suivre, du bout des doigts, les veines bleues sous les peaux claires, compter les dents, les boucles de cheveux et même des ombres sur des lèvres. Mais quelque chose manquait à toutes. Et pourtant, elle a vu les plus belles femmes qui soient ! Marthe dit à sa mère un bonsoir triste, rentre dans sa chambre et se dévêt, pleine de crainte. La glace lumineuse et froide rend les images en les prenant. Marthe, inquiète, lève ses bras purs. Telle une branche, d’un lent effort, se déplace et montre un nid. Marthe, candide, ose à peine regarder son ventre nu, pareil à l’allée d’un jardin où naît déjà l’herbe fine. Et Marthe se dit : « Est-ce que, seule entre toutes les femmes, je vais devenir un monstre ? ». La jeune fille évoquée dans ce texte doute de son propre corps. Son sexe, autour duquel les poils de la puberté s’annoncent, lui parait soudain étrange et Marthe, au lieu de vérifier auprès d’autres femmes, ne peut mettre en doute la norme que lui suggèrent ces peintures d’hommes dans une représentation des femmes fabriquée mais non contestable. C’est donc son corps qui dysfonctionne, la jetant hors la norme.
Analyse N°19/2017
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